Pour Claire la mère de mes enfants pour qui j’éprouve une immense gratitude de me permettre de vivre cette expérience plus que magique. Sans elle rien de tout cela n’aurait été possible. Merci!!!
La bande originale du texte:
Plutôt qu’un grand texte très construit, voici quelques moments comme des clichés Polaroïd littéraire qui font mon Chemin et m’emmènent à une vraie révolution intérieure.
La joie de ce doux moment lorsque mon bivouac est enfin rangé, où j’ajuste Hector: mon sac à dos et que je fais enfin mes premiers pas.

Avoir cette phrase de Denis en tête « Ce moment n’a jamais existé avant et n’existera plus jamais » et déguster alors chaque micro-secondes du Voyage de ma Vie.

Comprendre que rien ne dure et découvrir dès la 24e nuit de bivouac que mon matelas se dégonfle en moins d’une heure, et passer ensuite toutes mes nuits à plat depuis. En espérant trouver une grande enseigne de sport bientôt.
Me sentir un peu paumé et apercevoir une superbe biche traverser le chemin, qui m’apercevant prendra la fuite en remontant vers moi sur un champ en contrebas passant ainsi à 3 ou 4 mètres de là où je suis. Quelle beauté, c’est ce que j’appelle l’âme agit du Chemin.
Craindre très fort de blesser les enfants de par mon absence, les avoir au téléphone en leur donnant tout l’Amour que je peux, l’humour et la joie de vivre les sentir bien malgré le manque.
Passer 24 heures parfois moins avec des gens et sentir que ce sont des ami(e)s. Les quitter avec émotions, abrazos, hugs, abbraccio…

Me sentir en mission comme un facteur spirituel, récolter intentions, prières, souhaits pour les amener à Assise ou Jérusalem. En particulier celle d’Umberto ou les lettres de Fedes, Sue et Francesca mon international Pilgrim team! N’hésitez pas non plus si vous avez des choses à faire voyager…

Me retrouver à 23:00 dans le parc national de Cinque Terre, à marcher à la frontale sans trouver de lieu de bivouac autre que d’horribles toilettes de randonneurs (oh! Brûlez votre pq les gens!!!) ou des dévers désagréables. Finir par trouver et me dire qu’il fait bon et me dire je me fais ma première nuit à la belle étoile… Pour qu’à 4 heures du matin, il me tombe une grosse pluie dessus!

Marcher toujours à la frontale et être accompagné d’un magnifique vol de lucioles.
Découvrir avec ravissement l’incroyable élégance italienne, en particulier chez certaines femmes très raffinées à la beauté troublante… Et arriver couvert de la noble poussière du Chemin, trempé de sueur avec ma dégaine de randonneur vagabond…
Découvrir qu’en Italie tout est propriété privée et vidéo surveillance, de l’improbable place de parking au milieu de nulle part mais aussi des rues entières et des plages où l’on ne trouve que des bains payants a des kilomètres à la ronde. Ah la notion de propriété!…
Marcher une étape tristounette de zone industriel en zone industrielle et arriver à Pietrasanta, y être accueilli par un sculpture de Botero et traverser une ville où tout n’est qu’oeuvre d’art, galeries ou goût très fin. Une merveille.


Chercher mon auberge à Lucca, quand un homme me tape sur l’épaule en pleine rue.
« Bonjour vous êtes pèlerin? »
« Oui »
« C’est vous qui allez à Jérusalem? »
« Euh… Oui! »
« Alors venez je vais vous montrer où vous allez dormir ce soir!… »
C’était l’enthousiaste Stephano prévenu de mon arrivée par l’auberge précédente. Radio Camino fonctionne en Italie aussi.
Passer dans des bars pour y faire une pause, charger téléphone et batterie et ne pas pouvoir payer mes consos! Le patron allant même jusqu’à faire des selfies avec le pèlerin de Jérusalem… Plus fort encore le patron du bar « Rendez-vous » à Pienza ira chercher une bouteille de jus de fruits et un sac de gâteau maison en me disant:
« For your breakfast!!! » Ressentir alors une immense gratitude!
Être bien conscient que toutes ces douces attentions sont l’expression de la Vie qui me dit « Continue Yoh, t’es sur le bon Chemin.. » Des signes fort qui réchauffent durablement mon cœur.
Arriver à Monteriggioni et rencontrer Fedes un pèlerin sicilien très sympa! Après avoir discuté avec lui et son hospitalier, Kostel qui enchanté par mon projet m’offrira une nuitée dans sa superbe auberge pour pèlerin au cœur de la cité médiévale. Quel beau cadeau et quel honneur! J’y passerai une soirée et une nuit magnifiques. Que de gratitude à témoigner!!!

Entrer en transe de marche, oublier souffrances, poids du sac à dos et soucis pour marcher d’un pas rapide agile et sûr pendant des heures, en joie, et sans la moindre fatigue!

Marcher depuis des heures écrasé sous un soleil de plomb, dans une chaleur humide intense sur une cote qui n’en finit pas de grimper et craquer. Craquer complet! Pleurer toutes les larmes de mon corps… En une étrange et indicible émotion faite d’un mélange étrange
de douleurs, de tristesse, de détermination à aller jusqu’au bout, de sensation d’être perdu, du poids énorme de mon sac à dos, de souffrance, de joie, de fierté, de grande bienveillance pour ce que je suis en train de subir, de faire. Arriver ensuite dans un monastère, aller prier à genoux dans l’église… Et lâcher les vannes, des litres de larmes et de sanglots étouffés, sensation d’être au bout de moi-même! M’apercevoir qu’une fontaine coule dans l’église!!! Prendre la décision d’aller y boire en pleine conscience, trois fois pour me rappeler la Trinité…
Me délecter de cette eau fraîche.
Reprendre ma route et vivre l’état de calme et de sérénité le plus intense qu’il m’est été donné de vivre…

Sentir les larmes me monter à nouveau par le simple fait de décrire cette expérience mystique, cet état de grâce…
Si comme l’on dit les larmes nettoient l’âme alors la mienne va être bien propre!…
Sentir que je n’ai plus rien à demander, plus rien à attendre de personne ou du Chemin. Mais juste à accueillir les choses, la
Vie telles qu’elles sont et non pas telles que je voudrais qu’elle soient. C’est la notion de lâcher prise comme je la comprends.
Prendre conscience en humilité de ma beauté intérieure et avoir d’autant plus envie de nettoyer les merdes, les mesquineries et les inutiles colères ou jalousie qui m’encombrent. Trouver mon
cygne, lâcher le vilain petit canard…
Être très conscient que je ne suis jamais aussi heureux que dans les bras de la Providence. Que je ne peux pas, encore, passer ma Vie sur le Camino. Que je dois trouver une solution pour garder cette ouverture quand je serai de retour à la maison pour le grand pèlerinage du quotidien…

Sentir de plus en plus fort mon besoin de témoigner,
de donner envie et d’accompagner les candidat(e)s au départ de l’incroyable puissance, pertinence, de l’accélérateur de résilience et tellement plus qu’est le pèlerinage!

Avoir totalement confiance en la Vie et donc finir enfin par accepter d’avoir confiance en moi… Puisque je suis moi aussi une part de la Vie!

Me dire qu’à travers toutes ces belles rencontres, toutes ces touchantes attentions, toutes ces magnifiques bénédictions que je reçois sur le Chemin avec une infinie gratitude, il y a le Vivant qui prend grand soin de moi, pour qu’à mon tour, je prenne grand soin du Vivant.

Vous dire que je vous amène toutes et tous dans mon cœur où il y a de plus en plus de place pour Jérusalem et ma Jérusalem intérieure, que je vous aime fort et que la Vie est belle.

Verser encore quelques larmes pour être bien sûr d’être propre…




















































