Un petit pas pour l’homme, un gigantesque pas pour une fourmi

A moins de deux semaines du départ, la tension montait. Les questionnements récurrents, façon rumination, où la question de laisser ses enfants durant, presque, six mois, avait tourné en boucle en lui. Mais il resta sur sa décision, qui ne l’avait jamais tout à fait quitté, de prendre le départ. Il avait trouvé peu à peu le ressort pour partir. C’était donc imminent et le candidat à la marche au long cours était quasi prêt. Son sac affichait un bon poids, aux environs de 11 kilos 2857 à peu près, et malgré les quelques babioles qui lui manquaient encore, il devrait rester sous la barre des 12 kilos qu’il s’était fixé.

Merci Ferreol pour ta balance qui me sert beaucoup ces jours-ci.

Le 11 mai arrivait à grand pas, ses proches, ami(e)s et potes seraient là pour l’accompagner dans cette première étape, pour ce fameux moment mémorable où après avoir fermé la porte de sa maison, il soulèverait son pied dans un mouvement de rotation vers l’avenir, son talon se poserait ensuite et voilà ce fameux premier pas mythique serait fait. Ce premier pas que font les alpinistes vers l’Everest, les amoureux vers leur premier rendez-vous, les dents cariées vers le cabinet du dentiste, les petits ruisseaux vers les grandes rivières…

Quel naturel dans la pause!…

Mais tout cela n’était malgré tout que le futur et c’est bien de son présent dont il devait prendre soin, là, maintenant, tout de suite, sur cette touche pressée sur son clavier pppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppp!!!!

Il avait déjà beaucoup parlé de lui, son ami de longue date, Juan le lui avait déjà fait remarquer. Aussi il avait envie de lire après avoir écrit. Il glissait souvent à celles et ceux à qui il donnait l’adresse de son blog, de ne pas hésiter à commenter ses divagations dominicales. Malgré ses efforts, il lisait peu ses propres lecteurs, à part Fatima qui avait pris le temps de lui glisser quelques mots, choukrane bezef, pensa-t-il ! C’est à ce moment là que son amie Estelle, lui avait conseillé, à la manière de Barjavel dans un roman dont il avait, hélas, déjà oublié le nom, (neurone oui, mais au singulier…) de laisser un peu d’espace pour les écrits de ses lecteurs. C’était une idée qui lui plaisait beaucoup… Il décida alors de laisser les gens s’exprimer, lui confier des retours, des idées, des commentaires, la carte du trésor, leur numéro de carte bleue, bref toute sorte de bon plan, là juste en dessous…

Zone……………………………………………………………………………………………………………………….De…………………………………………………………………………………………………………………………..Spon……………………………………………………………………………………………………………………….Ta……………………………………………………………………………………………………………………………Né…………………………………………………………………………………………………………………………..I…………………………………………………………………………………………………………………………… Té…………………………………………………………………………………………………………………………..!…………………………

Il prit alors conscience, que cet espace vide entre ces deux parties du texte ne servirait pas à grand-chose, sauf à écrire à cet endroit, au marqueur indélébile sur l’écran. Ce qui ne lui sembla pas très pertinent, en effet cela le pousserait à devoir passer chez chaque personne lui ayant écrit, pour savoir ce dont il était question. Ce qui risquait à terme d’allonger considérablement la durée de son voyage… Après moultes recherches, il découvrit que sous le titre de ses barjotages hebdomadaires il y avait un lien : poster un commentaire.

Zone de spontanéité (ZDS)

Alors il se dit que peut-être, de temps en temps et complètement spontanément, certain(e)s d’entre vous aurait l’idée de cliquer sur le lien et écrire quelques mots.

Chasser l’mal, avec une rime à deux balles

Massif du Caroux

Tremper ma plume dans l’encre du bitume,

Souffler dessus pour virer l’amertume

Chausser mes pieds dans la poussière ou la boue du Chemin

La boue du Lamalou. Saint Martin de Londres 2013 dans une autre Vie…

Chasser l’injuste colère dans les geôles du Malin

Laver mon visage avec mes larmes au lointain

Hurler à m’en faire péter l’chagrin

Et me taire dans la douceur du matin

Vilain p’tit canard cherche son cygne,

Si vous l’voyez faites moi signe

Me perdre, pour me retrouver

Paradoxe fait exprès 

Nettoyer c’foutu bordel

Et mater sœur coccinelle

Petite chose

Fuit le morose

Une belle âme voudrait chasser l’vague a l’âme

Le cafard découper à coup d’lame

Vieux serpent en retard sur sa mue

Ces vieilles fringues qui collent, les veux plus

Clair de lune ou d’soleil, espère bonheur pour sa Claire,

Plus tout à fait, mais encore liés

Cœur dessoudé, âme esseulée, esprit fêlé,

La Lumière laisse passer

Dans le labyrinthe ventre tourmenté 

Un acharné cherche la paix!

Émotions en vrac comme bordélique chambre d’ado,

Et parfois quand ça craque, ouf, v’là la joie marmots!

Merci la Vie pour c’cadeau, 

ColinTshuan
Gayounette

Mes enfants juste si beaux!

Seul sous les étoiles, mêm’ pas peur de dormir

Juste la crainte du manque d’leurs sourires

La chaleur de leurs bras, la magie de leurs rires

Alors oui cruellement ça m’manquera

Puisse Jérusalem 

Dilater, immensifier la façon dont j’les aimes!

Encre sur papier, avancer et marcher 

Juste un peu d’encre sur du papier

Pour enfin les abcès voir s’crever

Alors à Dieu, à la Vie, à l’athée, au croyant, qu’importe le nom c’est l’Amour

Qui nous mène au carrefour

Plein de Vie, j’ai envie 

D’en rentrer bien rempli 

C’est ma danse

Dans les bras d’la Providence!

Là où le vent me portera 

J’m’en irai avec foi!

Avec Vie et sourire l’homme guérit,

Peut rentrer fier de lui… 

Encore bien loin de ça,

J’ai pas encore fait l’premier pas!…

One Love!

27 jours et quelques heures à peine

Home sweat home
Moins d’un mois, il lui restait moins d’un mois !!! Tout était allé si vite, après 20 ans d’affinage, son projet de pèlerinage arrivait à sa phase de concrétisation. Entre le choix de sa date de départ et maintenant il s’était déjà passé deux mois et demi. Le temps de faire le point sur le matériel dont il avait besoin, un autre pour douter du bien-fondé de ce périple, de rendre une visite attendue, elle aussi, depuis 20 ans à ce Sahara qu’il aimait tant, de douter encore et le voilà déjà en train de tester le volume de son sac à dos, sa maison, toute sa vie matérielle résumée en un minimum. Encore trop, lourd il va lui falloir m’alléger encore, pensait-il. Le candidat au départ devait se mettre en mode M.U.L (Marcheur Ultra Léger), faire la chasse au moindre gramme inutile, même s’il ne voulait pas se transformer en intégriste M.U.L qui coupent étiquettes, sangles, brosse à dent au plus ras et pour qui le gain de poids ce fait obsession. Cette attitude M.U.L était intéressante, et plus que le décigramme économisé, ce qui lui apparaissait important à ce jour était finalement plus l’allégement intérieur, et là il y avait plus de boulot que pour son sac à dos. De quoi devait-il s’alléger ? Vaste question ! Il devait s’alléger de cette sensation que la Vie lui avait joué un mauvais tour, de sa manie de trop vivre dans le passé ou le futur. Il était grand temps de se rappeler que présent et cadeau étaient synonymes, pour enfin être pleinement dans l’ici et maintenant. Avant était définitivement passé et après n’existait pas vraiment, ce n’étaient que souvenirs et hypothèses, seul restait le présent, l’unique moment où il pouvait agir. Il devait s’alléger de ses doutes, de ses peurs inutiles et pesantes, de son encombrant manque de confiance en lui, de sa beaucoup trop grande capacité de procrastination, de toute cette crasse qui parfois empêchaient son cœur de briller et l’éloignait de son être profond. Il y avait beaucoup de travail et il était bien conscient que ce voyage n’allait pas régler tous ses problèmes comme par enchantement. Mais il avait confiance, confiance en la Vie, en cette formidable source d’énergie qu’est l’Amour, quel que soit le nom qu’on lui donne… Oui, il avait confiance ! Il n’arrivait pas encore à faire tout à fait sien ce raisonnement auquel il réfléchissait beaucoup, il pensait que s’il avait confiance en la Vie et qu’il faisait partie de la Vie, alors il devait avoir confiance en lui. Il se sentait avancer sur ce chemin, et c’était bien agréable. Après tout dans ce projet il s’en remettait complétement à la Providence et à ses choix, aussi espérait-il pouvoir se réconcilier avec lui-même, et ouvrir enfin sa capacité à se faire confiance. Il imaginait qu’il n’y avait pas de magie plus grande que la magie de croire en soi, surtout quand l’âme agit ! Il préparait déjà ses affaires et voyait son horizon s’ouvrir. Il avait même arrêté de compter les jours où il se sentait bien, tant ils s’accumulaient à nouveau. Il croyait très fort en sa capacité à rentrer ressourcé, prêt à relever le défi d’une vie professionnelle et parentale joyeuse, ajustée et choisie dès son retour. En fait il avait très envie de passer en mode H.U.L : Humain Ultra Léger.
Mon camping car de luxe

Cerise sur le tajine

Passer de l’envie au projet, de l’idée à sa réalisation, sentir l’envie monter pour enfin voir les kilomètres défiler, la joie de se retrouver, l’avion décoller, les mini-bus interminablement avancer, virages sur virages à n’en plus finir puis les 4X4, la piste, la poussière, le sable et enfin LE voilà, magnifique, majestueux, intemporel, LE désert, LE Sahara !

Pour avoir de la chance, la sangha « Au cœur du silence » avait eu de la chance. Premier bivouac dans le doux creux des dunes pour l’équinoxe de printemps, suivie dès le lendemain par une pleine lune majestueuse et pour finir le vrai dimanche de Pâques. Originellement situé le dimanche suivant la première pleine lune après l’équinoxe de printemps. Nous étions dans le désert à la période où Jésus y a passé ses 40 jours de jeûne, quelques 2000 ans plus tôt…

Une retraite de méditation silencieuse dans le désert ça ressemble à quoi ?

A la singularité du désert
Le campement itinérant pour ceux qui dormaient sous tentes
La tente collective, le restau, l’ombre du jour, le repaire la nuit, le Dharma hall…

C’est un moment hors du temps, une pause dans la frénésie de la vie moderne, le temps, rythmé par le doux son du bol tibétain, qui s’étire ou se contracte en d’étranges petites éternités. Le silence comme règle apporte à chacun un calme intérieur et une profonde introspection, silence qui sera parfois rompu lors des cercles de partage ou par quelques bavard(e)s, trop tenté(e)s par la parlotte… La sangha était variée, en terme de niveaux de pratique, d’âge et de nationalités, de 28 à 71 ans, de France, Allemagne, Angleterre et Luxembourg, et bien sûr du Maroc.

5h55, premier bol, réveil, 6h15 première méditation, 7h00 thé à la menthe, 7h15 méditation devant le lever du soleil, un moment tout simple et pourtant si magique. Suivait le petit déjeuner, riche et copieux, varié de mets de rois. Une pause permettait de profiter de l’arrivée progressive de la chaleur, avant de reprendre la posture pour une méditation guidée, suivie de questions, réponses quant à la pratique, ou aux ressentis. Khalid notre guide berbère réunissait ensuite le groupe pour le yatra, un mini pélerinage où chacun avance dans les pas de l’autre, au même rythme, formant ainsi un long serpent avançant en silence. L’individualité de chacun formant un Tout.

Au retour du yatra la fantastique équipe d’Amazigh Trekking, nos anges gardiens, avait préparé de succulents mets. Le repas se passait en silence, un vrai repos pour des relations humaines réduites à des regards et à quelques gestes. Le début d’après-midi était placé sous le signe de la grosse chaleur, où chacun pouvait digérer, se reposer, lire, écrire ou méditer. Les méditations reprenaient ensuite, celles du coucher du soleil ou du lever de lune, étaient de vraies perles liant en une douce ambiance, la nature aux corps et aux esprits, avant un repas toujours aussi varié et délicieux. Suivait ensuite un discours de Denis sur le Dharma (le chemin essentiel de toute chose, les enseignements du Bouddha, tout un vaste monde en un simple mot…). Venait ensuite le temps de la dernière méditation, avant de finir par un chant collectif type bhajan, très méditatif. Voilà comment se déroulaient les journées, au rythme du soleil, de l’exploration de nos mondes intérieurs dans un paysage aride mais subtilement vivant. Une terre de contrastes où la canicule du jour, laisse place au froid mordant de la nuit, où le vide apparent est plein de présences, où le calme, la douceur et la rondeur, laissent parfois place à la fureur d’un impressionnant vent, nous remettant à notre juste place de minuscules créatures dans une Nature infinie .

Que de souvenirs, que de saveurs, que d’images gravées, ce yatra en quête de la plus grosse dune lors de la pleine lune projetant les ombres de chacun sur le sable dans une ambiance unique d’une beauté rare, ces levers de soleils ou de lunes, plaisirs éphémères dont nos vies surchargées nous font parfois oublier l’aspect magique.

Des moments sur lesquels il est impossible de mettre des mots

Dans ce lieu si particulier, les corps ralentissent, le calme intérieur grandit, l’attention s’intensifie et les âmes s’envolent. Quand la nuit se dépose sur les êtres et le sable, la voie lactée brille de mille et mille étoiles, dans un décor sans âge, pour un moment propice au rêve et au calme. Quelle leçon de voir la Vie qui s’accroche dans ce milieu parfois hostile pour vivre coûte que coûte…

Indescriptible et inphotographiable énergie de Vie dégagée par cet arbre magique
Mon drome préféré, que j’avais surnommé Piercing

Quelle douceur, quelle joie d’avoir pour toit de tente une voûte céleste infinie juste zébrée d’étoiles filantes. Quel bonheur de pouvoir revenir sur les enseignements dans ce cadre nous ramenant à notre échelle humaine, juste de gros grains de sable posés sur du sable. Méditer les enseignements sur la compassion, la confiance en la Vie, l’essence de nos êtres et de la réalité, en se laissant envelopper peu à peu par un froid propice au sommeil, bien enfoncé dans son sac de couchage et ses couvertures. Le corps sur la terre et la tête dans les étoiles, la Vie observant la Vie.

Full moon yatra, ce soir là, les plus belles images seront dans nos cœurs

L’apprenti méditant y a bien sûr rit, pleuré, prié, respiré, médité, porté dans son cœur et confié au vent et au sable de profondes intentions pour les sien(ne)s en particulier et pour tout le Vivant en général. Il a encore une fois avancé sur son besoin de solitude, loin de l’agitation des humains. Cette solitude qui l’effrayait tant et qui l’attire de plus en plus. Réduire les mots, surtout les inutiles, ceux qui ne servent qu’à combler, réduire les relations humaines, ne plus se perdre en de stériles verbiages , comme il sait si bien le faire… Il était temps pour lui de découvrir encore un peu plus son silence intérieur, de s’y apprivoiser, le laisser peu à peu emplir son être, permettre de faire taire son mental pour laisser parler son âme, sortir du cerveau, aller dans le cœur, dans le ventre, sentir, ressentir, être. Faire la paix avec tout son être, sentir son corps, en prendre soin comme d’un objet précieux.

Comme disait Denis, « Ne laissez pas vos pensées gâcher ce moment précieux… »

Il était parti plein de questions, plein d’attentes à confier à son pote le Sahara, les réponses n’étaient pas encore toutes venues, loin de là, mais une chose était claire il n’était pas encore près à se poser par ici, c’était encore trop frais, trop dur, trop peuplé de têtes connues. L’inconnu l’attirait, le Monde l’appelait, le pèlerinage l’attendait. C’était clair, il devait approfondir sa solitude, en explorer les chemins physiques et intérieurs au pas de l’homme, apprivoiser son être des origines et ajuster sa Vie, sa présence, faire place au silence et envisager la suite à venir avec lucidité. Afin d’être à sa juste place…

Après des mois délicats, un peu de repos me ressource enfin!

Une chose était sûre, il n’était parti que peu de temps mais le désert lui avait beaucoup parlé, et enseigné son nécessaire changement de cap. Il s’étonnait lui-même des nouvelles directions qu’il devait prendre vers ce mélange de silence et de solitude, mais il en acceptait la nécessité avec joie. Après tout, suite à de longs mois vains à explorer le fond du fond du gouffre, dans une souffrance insupportable, n’avait-il pas vécu deux semaines d’intense bien être au cœur de ce silence et de cette solitude « collective » ? Le temps était venu de rencontrer la vraie solitude, face à face avec lui-même!!!